"Dis monsieur, pourquoi t'es noir ? T'es sale ?" Dans un TGV quand on a qu'un an... A genoux sur son siège, les bras sur le haut du dossier... Heureusement que le monsieur riait plus qu'autre chose... Ou sinon dans un magasin, à trois ans... Un paquet de bonbon énorme, course effrénée en rond partout, où j'ai semé mon papa... Mes parents paniqués ont fait verrouillé le magasin... J'étais par terre, dans une cabine, en train de manger mes bonbons... Merci à la vendeuse qui m'a retrouvée... Ou encore dans une cave à vin... Les vapeur qui tournent à la tête, maman qui est obligée de me sortir, et pas du tout bourrée, moi qui jetait des cailloux sur tout le monde, qui allait voir les enfants en disant "ton papa il est mort, ta maman elle est morte" ("maman la fille elle a dit que papa et toi vous êtes morts")... Ou alors aux jeux, moi qui voulait trop une balançoire : "Dégage", un jeu d'enfant pour l'avoir... Ou au cinéma, devant Le Roi Lion : "Et voilà, son papa il est mort, c'est bien fait pour toi, fallait pas faire de bêtises !" ("Madame, maîtrisez votre fille.")... Mes parents avaient trop honte. Mais heureusement que y'avait quand même des gens qui les arrêtaient dans la rue pour leur dire que leur fille était une petite merveille quand elle sautait sur les batons blancs des passages piétons, quand elle cueuillait des fleurs pour ses parents, quand elle jouait à cache cache derrière les arbres... (Ca se voit qu'ils vivaient pas avec moi...). Mon cri de guerre, c'était "Gate !" Ou encore mes mots très bizarres : "Nan, pas dodo : dudu !", "Sors moi du bain maman, je suis toute pwote.", "Je vais me laver les mains au lababo !", "Déproche ma chaise." (vi c'est le contraire de rapproche), "Mamie, ouvre moi le grobinet pour que je lave ma main.", "Regarde les papaillons ! Le marron c'est Arthur et le blanc c'est Lisette !"... Je me demande comment mes parents ont fait pour pas devenir frapadingues avec moi...